#Cacao : ce qu’il faut retenir de l’actualité pour le mois de mai.
En Côte d’Ivoire, seulement 48 % des exportations de cacao de 2024 peuvent être reliées de manière fiable aux coopératives productrices, ce qui laisse plus de la moitié des flux dans des circuits dits « indirects », fragmentés et opaques.
C’est ce que révèle une étude publiée ce mois par l'organisation non gouvernementale Trase, qui indique que les chiffres sont restés quasi stables depuis sa précédente analyse publiée deux ans plus tôt. Cette situation compromet la capacité du premier producteur mondial à prouver, comme l’exigera la loi de l’UE sur la déforestation (EUDR) à partir de décembre 2026, que chaque lot ne provient pas de parcelles défrichées.
Dans le cadre de cette réglementation, le gouvernement a déjà mis en place une digitalisation progressive de la vente du cacao, notamment via un système centralisé d’achat et de paiement qui facilite la structuration des flux et les vérifications de conformité. Pour la première économie de l’UEMOA, les enjeux dépassent la conformité réglementaire. Alors que près 80 % de son couvert forestier a été perdu ou dégradé depuis 2000, et que le cacao y est responsable d’une grande partie de la déforestation, la traçabilité devient un outil clé pour concilier accès au marché européen, protection des forêts et survie économique de millions de petits planteurs.
Au-delà de cette actualité, la colère persiste dans le rang des producteurs. Depuis quelques semaines, de nombreux agriculteurs déclarent ne pas avoir été payés pour la récolte principale, une situation qui a entraîné l’accumulation de stocks invendus dans des zones comme Daloa, Soubré ou Duékoué.
Face à cette situation, le Conseil du Café-Cacao (CCC) a dépêché des responsables dans la ville M’Batto (Centre-Est du pays), après des tensions avec les forces de l’ordre la semaine dernière. Si la situation reste pour l’instant localisée et n’impacte pas encore l’offre mondiale, le risque est réel. Des retards de paiement réduisent la capacité des planteurs à entretenir leurs plantations, et pourraient peser sur la production de la prochaine saison.
Au Ghana, des tensions croissantes dans la commercialisation
Chez le deuxième producteur mondial de cacao, les nuages s’accumulent au-dessus des têtes de la Producer Buying Company (PBC), l'acheteur public de dernier ressort. L’entreprise a accumulé une dette de 673 millions de cedis (environ 57,3 millions USD), dont 24 millions aux producteurs, et se retrouve désormais menacée de saisie d’actifs par un consortium de banques auquel elle doit 257 millions de cédis.
Faute de liquidités, elle ne peut plus reprendre les achats, alors même que sa mission est d’assurer un débouché aux planteurs. La PBC, qui contrôlait autrefois 30 % du marché intérieur, n’en traite ainsi plus qu’une fraction, laissant des centaines de petits producteurs impayés depuis des mois. A cette situation s’ajoute un refroidissement des relations entre le régulateur ghanéen du cacao (COCOBOD) et les compagnies d’achat agréées (Licensed Buying Companies - LBCs), accusées d’alimenter la contrebande.
L’organisme public reproche à certains responsables de LBCs d’utiliser des fonds publics destinés à l’achat de cacao local pour financer l’acquisition de fèves de contrebande en Côte d’Ivoire, profitant d’un écart de prix favorable. Ces fèves seraient ensuite introduites dans la chaîne d’approvisionnement ghanéenne, ce qui détournerait une partie des ressources destinées à rémunérer les producteurs nationaux et fragiliserait davantage un secteur déjà confronté à une sévère crise de liquidité.
Face à ces accusations, l’Association des acheteurs agréés s’est défendue, affirmant que les sociétés ne cautionnent pas ces pratiques, et imputant les dérives à certains employés agissant pour leur propre compte. Cette confrontation publique entre COCOBOD et les LBCs met en évidence un déficit de confiance, des failles de gouvernance et une pression financière accrue sur la filière, dans un contexte où la lutte contre la contrebande devient un enjeu central de régulation.
La récolte ivoirienne attendue en hausse pour la campagne 2025/2026
Pour l’année cacaoyère 2025/2026, les autorités ivoiriennes anticipent un rebond de la production, après une phase de repli liée notamment aux aléas climatiques et aux perturbations du marché. La récolte devrait ainsi être comprise entre 2 et 2,1 millions de tonnes, selon les données du Conseil Café-Cacao. Dans une enquête réalisée par Reuters en mars, les prévisions tablaient plutôt sur une production de 1,8 million de tonnes.
Selon le directeur général du CCC, Yves Brahima Koné, la révision à la hausse s’explique en partie par les prix exceptionnellement élevés observés au cours des deux dernières campagnes. Les revenus supplémentaires ont permis à de nombreux planteurs d’accroître leurs investissements dans les vergers, en augmentant notamment leurs achats d’engrais et en améliorant la gestion de leurs exploitations.
Le Ghana accueillera la Réunion de partenariat de la World Cocoa Foundation en 2027
Le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao, abritera en mars 2027 à Accra la prochaine réunion de partenariat de la World Cocoa Foundation (WCFPM). Il s’agit de la première fois que le pays accueille ce rendez-vous créé depuis deux décennies, et les autorités entendent marquer l’évènement.
Selon Randy Abbey, numéro un du régulateur du cacao, le pays prévoit de demander aux acheteurs internationaux d’investir dans des exploitations agricoles africaines, en raison du poids que représente le financement d’une production de fèves viable et durable.
Les prix du cacao reprennent des couleurs
Depuis le début du mois de mai, les cours du cacao sont sur une nouvelle dynamique de hausse. Si on est toujours loin des niveaux record de 2024, les contrats à terme ont évolué au-dessus de la barre des 3 500 USD à New York. Les prix ont même fortement rebondi le lundi 11 mai, atteignant 4 709 USD à New York, soit leur plus haut niveau depuis le 20 janvier. Ce mouvement résulte d’un mélange de facteurs techniques et fondamentaux.
Les signaux de marché favorables incitent les spéculateurs à racheter leurs positions courtes. En d’autres termes, lorsque les prix de la fève commencent à monter, les investisseurs qui avaient parié sur une baisse se dépêchent de liquider leurs positions pour limiter leurs pertes. Ce mouvement les conduit à racheter des contrats, ce qui alimente à son tour la hausse des prix.
En parallèle, les opérateurs s’inquiètent de l’arrivée du phénomène El Niño, susceptible de perturber les pluies en Afrique de l’Ouest, cœur de la production mondiale, ainsi que de l’absence de floraison dans certaines plantations. Certains analystes commencent déjà à revoir à la baisse leurs prévisions de récolte 2026/27, même si des services météorologiques jugent que les effets climatiques les plus marqués pourraient se faire sentir plus tard.
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