#RDC 🇨🇩 : un rapport au congrès américain accuse l’armée rwandaise et le RCD/Goma de massacres ciblés et de « nettoyage » contre la communauté banyamulenge
Les forces armées rwandaises (RDF) et leurs alliés du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma) ont mené une campagne de répression d’une violence inouïe contre la communauté banyamulenge dans l’Est de la République démocratique du Congo. C’est ce qui ressort du rapport annuel sur les pratiques des droits de l’homme (Country Reports on Human Rights Practices) pour l’année 2002, publié le 31 mars 2003 par le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail du Département d’État américain, et officiellement soumis au Congrès des États-Unis.
Selon ce document officiel transmis aux parlementaires américains, la traque et les exactions ciblant spécifiquement cette minorité ethnique se sont intensifiées à la suite de la révolte, en janvier 2002, du commandant banyamulenge Patrick Masunzu contre le commandement de l’armée rwandaise dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. La réponse militaire de Kigali s’est traduite par ce que des observateurs qualifient de velléités de nettoyage ethnique et de punition collective.
Selon les données transmises au Congrès américain, les troupes de la RDF ont mené une offensive de grande envergure pour écraser la dissidence. Le bilan humanitaire est lourd :
* Plus de 90 villages banyamulenge ont été incendiés et détruits par l’armée rwandaise.
* Environ 30 000 civils banyamulenge ont été déplacés de force, fuyant les exactions de l’infanterie.
* À partir du 18 juin 2002 et jusqu’au milieu du mois de juillet, l’armée rwandaise a intensifié ses attaques en utilisant des hélicoptères pour bombarder de manière répétée et indiscriminée les zones habitées par les civils sur les Hauts Plateaux.
« Les forces rwandaises ont systématiquement bloqué l’accès aux Hauts Plateaux à toutes les organisations humanitaires internationales, empêchant ainsi le décompte exact des civils tués, blessés ou violés », souligne le rapport du Département d’État.
Parallèlement aux opérations de terrain, le ciblage des élites et des militaires banyamulenge s’est opéré par des vagues d’arrestations arbitraires. En juillet, à la suite du refus de la communauté de retirer son soutien au commandant Masunzu, 26 leaders communautaires et civils banyamulenge ont été arrêtés à Uvira sous les ordres du chef de la sécurité du RCD/Goma, Bizima Karaha. Cinq d’entre eux ont été transférés à Goma, détenus au secret et torturés.
La répression a également frappé le cœur des forces armées. Les 23 et 24 avril 2002, l’armée rwandaise a arrêté neuf commandants banyamulenge de haut rang au sein même du RCD/G pour avoir refusé de combattre leurs frères de communauté. Transférés de Minembwe vers le camp militaire de Kamembe à Cyangugu (Rwanda), ces officiers y ont été sévèrement torturés. Le 2 mai, des sources proches ont été informées qu’ils « n’étaient plus », laissant présumer leur exécution extrajudiciaire. Le lendemain, au moins 14 autres soldats banyamulenge ont subi le même transfèrement vers le Rwanda ; aucun n’a donné de signe de vie depuis.
Le rapport américain dénonce par ailleurs l’institutionnalisation des violences sexuelles commises en toute impunité par les forces rwandaises et le RCD/Goma. Dans le territoire de Fizi, les organisations de défense des droits de l’homme ont documenté 248 cas de viols de jeunes filles dans les écoles rurales par les forces d’occupation.
Enfin, sur le plan économique, l’armée rwandaise est accusée d’avoir mis en place un système d’exploitation forcé, contraignant les civils banyamulenge et d’autres communautés locales à l’extraction de ressources minières vitales comme le coltan, notamment dans les régions de Kalemie et Kalima, pour financer son effort de guerre.
L'agression rwandaise en RDC on Umojja.com