DÉCRYPTAGE/ Gasabo Gold : comment le Trésor américain décrit, étape par étape, le rôle de l’armée de Kagame dans le pillage de l’or congolais .
Le communiqué par lequel le Trésor américain a sanctionné, le 25 juin, la raffinerie rwandaise Gasabo Gold ne se contente pas d’ajouter des noms à une liste. En quelques paragraphes, le document de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) décrit, étape par étape, une chaîne de blanchiment de l’or congolais dans laquelle l’État rwandais n’apparaît pas en arrière-plan, mais au premier rang.
Selon le texte, depuis la prise des capitales provinciales par le M23, Gasabo Gold est devenue « un partenaire clé des responsables gouvernementaux rwandais et des rebelles du M23 » pour sortir l’or de l’est de la RDC. L’OFAC est précis sur la séquence : une fois l’or retiré des mines des zones occupées par l’armée rwandaise et le M23 au Sud-Kivu, « les forces gouvernementales rwandaises en ont gardé la surveillance étroite jusqu’à ce qu’il atteigne Gasabo Gold ». Des soldats des Forces de défense rwandaises et des rebelles du M23 « ont assuré le transport sécurisé de l’or » depuis les zones tenues par le M23 jusqu’au district de Rusizi, juste de l’autre côté de la frontière de Bukavu, puis jusqu’à Kigali, « par voie terrestre ou aérienne ».
Le détail le plus accablant est celui de la remise. À l’arrivée, écrit le Trésor, « le personnel de l’armée rwandaise et du M23 a remis l’or au personnel de Gasabo Gold, qui a immédiatement entamé le processus de raffinage ». Autrement dit, la raffinerie ne reçoit pas un métal d’origine douteuse qu’elle ignorerait : elle le prend des mains de militaires et de rebelles. Le communiqué chiffre une partie du trafic : « au début de l’année 2026, au moins soixante kilos d’or, représentant des millions de dollars, ont été déplacés de l’est de la RDC vers Gasabo Gold par ce circuit ». Le « au moins » indique un plancher, pas un total.
Sur cette base, l’OFAC a inscrit six cibles au titre du décret présidentiel 13413. La raffinerie, pour avoir « matériellement soutenu » le M23 et apporté son concours à des acteurs qui menacent « la paix, la sécurité ou la stabilité » de la RDC « par le commerce illicite des ressources naturelles » congolaises. Son président, Jean Malic Kalima, et son directeur général, Bosco Kayobotsi, pour avoir agi au nom de l’entreprise. Et trois sociétés minières rwandaises contrôlées par Kalima, Bugambira Mines, Wolfram Mining and Processing et Rwinkwavu Mining. Tous voient leurs avoirs aux États-Unis gelés, et toute transaction avec eux y est interdite, y compris pour les établissements financiers qui s’y risqueraient.
Le Trésor replace l’affaire dans un schéma plus large. Les minerais de l’est de la RDC, écrit-il, « sont souvent passés en contrebande par le Rwanda avant d’être acheminés vers de grands pays de raffinage et de transformation, comme la Chine ». Les groupes armés se financent en les vendant et en imposant « des systèmes de taxation illégaux, souvent en collusion avec des responsables locaux corrompus ». Et l’OFAC rappelle que le M23, qualifié de groupe armé par les États-Unis comme par l’ONU, a pris Goma et Bukavu « avec le soutien militaire, financier et logistique direct » de l’armée rwandaise.
Le document n’oublie pas le prix humain. Les mines tenues par des groupes armés comme le M23 sont liées, énumère-t-il, au « travail forcé, au travail des enfants, aux violences sexuelles et fondées sur le genre », et à des conditions de travail dangereuses, « comme l’a montré, en mars 2026, l’effondrement d’un puits à la mine de coltan de Rubaya, contrôlée par le #M23, qui a tué plus de deux cents personnes, dont des enfants ».
L’action, présente Washington, vise à soutenir les Accords de Washington et leur volet d’intégration économique censé bâtir « un secteur minier régional pleinement licite et transparent ». « Les États-Unis ne permettront pas à des groupes hors-la-loi de profiter du commerce illicite de minerais et de déstabiliser la région, a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent. La richesse minière de la RDC appartient de droit au peuple congolais. » Le Rwanda, qui conteste systématiquement ce type d’accusations, n’avait pas réagi dans l’immédiat. L’Union européenne avait, elle, désigné Gasabo Gold dès mars 2025 : ce que Washington met aujourd’hui noir sur blanc, d’autres l’avaient déjà nommé.
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