La #Centrafrique se tourne vers le Soudan du Sud pour accélérer son désenclavement numérique.
La République centrafricaine (RCA) prévoit le lancement prochain d’une interconnexion numérique avec le Soudan du Sud. L’initiative s’inscrit dans les efforts de désenclavement numérique du pays d’Afrique centrale, qui ne dispose pas d’accès direct aux câbles sous‑marins.
L’interconnexion avec Juba a été annoncée dans une déclaration du ministère de l’Économie numérique, des Postes et Télécommunications, en marge de la Journée mondiale des télécommunications et de la Journée internationale des jeunes filles dans les TIC, le dimanche 17 mai. La déclaration a été faite par le directeur de cabinet, Adolphe Nicaise Samafou.
Le projet sera mené par l’Agence centrafricaine de développement du digital (ACDD) et l’opérateur délégué MTN. Aucun détail supplémentaire n’a toutefois été communiqué, notamment sur le calendrier de mise en œuvre, le tracé de l’infrastructure ou ses modalités techniques.
Renforcement de l’accès à la capacité internationale
Cette initiative vise avant tout à renforcer l’accès de la Centrafrique à la capacité internationale nécessaire à la connectivité Internet. À l’échelle mondiale, cette capacité transite principalement par les câbles sous‑marins. Pays enclavé sans accès à la mer, la RCA éprouve donc des difficultés structurelles d’accès à ces infrastructures, dépendant des réseaux de ses voisins.
À titre d’exemple, la Banque africaine de développement (BAD) indiquait en 2018 que la RCA restait le dernier pays enclavé du continent à ne pas disposer de liaisons terrestres à fibre optique avec ses voisins immédiats. Selon une « Évaluation de l’économie numérique en République centrafricaine » publiée par la Banque mondiale en 2020, la quasi‑totalité de la capacité internationale reposait alors sur des connexions satellitaires. Cette dépendance limite la concurrence entre opérateurs, maintient des prix élevés et réduit l’attractivité du marché pour les investisseurs privés, en raison des coûts d’investissement et d’exploitation.
Le pays est aujourd’hui interconnecté au Cameroun et au Congo, desservis respectivement par cinq et deux câbles sous‑marins. Cette interconnexion s’inscrit dans le cadre du projet Central African Backbone (CAB), qui vise à relier les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) via des infrastructures télécoms à haut débit. Le projet est financé par la BAD et l’Union européenne.
Les autorités centrafricaines estiment que la connexion physique du pays aux câbles optiques sous‑marins via les réseaux des pays côtiers a sensiblement amélioré les débits disponibles. Elle aurait également contribué à démocratiser l’accès à Internet, dont le taux de pénétration serait passé de 15,5 % début 2025 à 30 % actuellement.
Des études récentes d’institutions telles que la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) et la Banque mondiale confirment l’impact des câbles sous‑marins sur les marchés numériques africains. Elles soulignent notamment les effets sur la redondance des réseaux, leur résilience, ainsi que la baisse des prix.
Dans un rapport publié en juillet 2024, la Banque mondiale indique par exemple que chaque doublement de la capacité apportée par les câbles sous‑marins en Afrique entraîne généralement une baisse de 7 % du prix de l’Internet haut débit fixe et de 13 % pour le haut débit mobile.
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