Entre Abuja et Pretoria, la xénophobie met sous pression un lien économique asymétrique. Les attaques xénophobes en Afrique du Sud font de nouveau peser le risque de représailles sur les importants intérêts économiques sud-africains au Nigeria. Lundi 27 juillet, à Abuja, le ministre d’État aux Affaires étrangères, Sola Enikanolaiye, a estimé que l’inaction présumée de certains policiers sud-africains face aux violences soulevait la question d’une possible complicité des autorités. Il s’est exprimé lors d’une réunion avec une délégation conduite par Ronald Lamola, ministre sud-africain des Relations internationales, dépêché par le président Cyril Ramaphosa pour apaiser les tensions avec Abuja.
Le gouvernement nigérian ne conteste pas le droit de Pretoria de poursuivre les Nigérians impliqués dans des activités criminelles, mais demande qu’ils soient jugés plutôt que livrés à la violence populaire. Les dernières attaques ont fait au moins quatre morts et entraîné l’évacuation de 1 490 Nigérians. Selon Sola Enikanolaiye, 98 ressortissants nigérians ont été tués dans des violences xénophobes depuis 2022.
Des intérêts économiques croisés
Cette nouvelle tension intervient alors que les deux pays entretiennent des liens économiques importants. Environ 120 entreprises sud-africaines sont présentes au Nigeria, y compris dans des secteurs stratégiques, même si leur nombre a diminué par rapport aux quelque 350 comptabilisées encore dans les années 2010, notamment après le départ de groupes comme Shoprite, Game et Sasol.
MTN Nigeria en constitue l’exemple le plus visible. Plus grand marché du groupe sud-africain, l’opérateur télécoms y comptait 87,3 millions d’abonnés fin 2025 et a réalisé un chiffre d’affaires de 5 200 milliards de nairas (3,8 milliards USD). Dans la finance, Stanbic IBTC, contrôlé par le sud-africain Standard Bank, affichait 8 620 milliards de nairas d’actifs (6,30 milliards USD), ce qui en fait l’une des 10 plus grandes banques du pays.
Les échanges de marchandises donnent une autre mesure de cette relation. Selon les données de Trade Map, le commerce bilatéral a atteint 2,3 milliards de dollars en 2024. Le Nigeria a exporté pour 1,97 milliard de dollars vers l’Afrique du Sud, dont 96,6 % de pétrole brut. Dans l’autre sens, les ventes sud-africaines ont totalisé 380 millions de dollars, répartis entre des polymères, des véhicules de transport de marchandises, des fruits, des accumulateurs électriques et divers produits chimiques ou alimentaires. À ces échanges s’ajoutent les services, les investissements et les flux financiers que ces statistiques douanières ne couvrent pas.
Le précédent des représailles
Les entreprises sud-africaines ont déjà subi les contrecoups de précédentes crises liées aux attaques xénophobes en Afrique du Sud. En 2019, des manifestants avaient pris pour cible des magasins Shoprite et des installations de MTN au Nigeria, contraignant les deux groupes à fermer temporairement certains sites. Abuja avait rappelé son ambassadeur et boycotté le Forum économique mondial organisé au Cap, tout en demandant à la population de ne pas attaquer des sociétés employant principalement des Nigérians.
La même tentation a ressurgi en 2026. En mai, le sénateur Adams Oshiomhole a proposé de nationaliser MTN, tandis que la Chambre des représentants recommandait d’envisager une suspension temporaire des permis accordés aux entreprises sud-africaines. En juillet, des sénateurs ont également suggéré d’utiliser leurs bénéfices pour indemniser les victimes. Si ces propositions n’ont pas été adoptées, la majorité privilégiant jusqu’ici la voie diplomatique, la persistance des attaques et des réactions plus vives de l’opinion publique nigériane peuvent changer la donne, particulièrement à l’approche du scrutin présidentiel de 2027.
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