Est de la #RDC : cinq ans après, l’état de siège face au procès de son «inefficacité» . Près de cinq ans après l’instauration de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, le bilan de cette mesure exceptionnelle continue de susciter de vives critiques au sein de la société civile et des défenseurs des droits humains. Décrété le 6 mai 2021 par le président de la République afin de restaurer la paix dans ces deux provinces meurtries par les groupes armés, l’état de siège est aujourd’hui considéré par plusieurs observateurs comme un échec sécuritaire et institutionnel.
À l’époque, cette mesure devait permettre aux autorités militaires et policières de reprendre le contrôle des territoires en proie aux violences armées. Mais, selon Stewart Muhindo, militant du mouvement citoyen #LUCHA (Lutte pour le Changement), la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée. Au contraire, elle se serait aggravée au fil des années.
« Cette mesure est un échec flagrant. Elle avait été prise pour ramener une paix effective et durable au Nord-Kivu et en Ituri. Or, la paix n’est jamais revenue et, dans plusieurs zones, la situation s’est empirée », déplore-t-il.
L’activiste rappelle qu’avant l’état de siège, certaines zones aujourd’hui occupées par les rebelles étaient encore sous contrôle des Forces armées de la RDC. Il cite notamment l’avancée de l’AFC-M23 et l’occupation de plusieurs localités stratégiques dans l’Est du pays.
« Avant l’état de siège, l’AFC-M23 n’existait pas et les villes comme Goma ou Bukavu, ainsi que plusieurs territoires aujourd’hui occupés, étaient sous contrôle de l’armée congolaise », affirme-t-il.
Outre la résurgence du M23, Stewart Muhindo évoque également l’expansion des rebelles ADF vers des zones autrefois relativement épargnées par leurs attaques. Initialement concentrés dans la région de Beni, les ADF opèrent désormais en Ituri, dans la Tshopo, le Haut-Uélé et même dans certaines parties du Lubero.
« Aujourd’hui, les ADF ne sont plus seulement à Beni. Ils se sont étendus jusqu’en Ituri, dans la Tshopo et le Haut-Uélé. La sécurité des populations est davantage menacée », regrette-t-il, estimant que l’état de siège « n’a pas rempli la mission pour laquelle il avait été instauré ».
Au-delà de la question sécuritaire, plusieurs voix dénoncent également les conséquences de cette administration militaire sur la gouvernance des provinces concernées. Les critiques pointent notamment le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire et la restriction de certaines libertés publiques.
Pour Maître Fabrice Mulwahali, défenseur des droits humains, le bilan est « catastrophique ». Selon lui, l’état de siège a contribué à l’enlisement de la crise sécuritaire plutôt qu’à sa résolution.
« Aujourd’hui, le Nord-Kivu est pratiquement divisé en deux sous état de siège. C’est également sous cette mesure que les massacres attribués aux ADF ont atteint des proportions alarmantes et que des groupes comme les CODECO ou la CRP continuent de déstabiliser l’Ituri », explique-t-il.
Une cohabitation controversée avec certains groupes armés
Autre sujet de polémique : les relations ambiguës entre les autorités et certains groupes armés locaux engagés dans la lutte contre l’agression rwandaise. Des observateurs dénoncent une forme de collaboration tacite avec des mouvements pourtant accusés d’exactions contre les civils et d’exploitation illégale des ressources minières.
« Comment comprendre que ceux qui devaient être neutralisés deviennent aujourd’hui des partenaires de l’État ? Certains seigneurs de guerre bénéficient d’un soutien officiel malgré les accusations qui pèsent contre eux », s’interroge un chercheur en gouvernance sécuritaire ayant requis l’anonymat.
Un débat récupéré politiquement
Les critiques autour de l’état de siège ont également pris une tournure politique. Plusieurs mouvements citoyens accusent certains acteurs politiques d’avoir soutenu le maintien de cette mesure tant qu’elle servait leurs intérêts, avant d’en réclamer la levée à l’approche des échéances électorales.
Aujourd’hui encore, malgré les contestations persistantes sur le terrain, le Parlement continue de proroger l’état de siège, alimentant davantage le débat sur son efficacité réelle.
Dans les provinces concernées, de nombreuses voix réclament désormais la levée de cette mesure exceptionnelle afin de permettre le retour d’une administration civile normale et la restauration pleine des droits des citoyens.
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